Retranscription de l'interview donnée par Rafael Nadal à la chaine Espagnole TVE. Cette traduction a été effectuée d'après la traduction en anglais (plutôt approximatif), de l'interview. Il ce peut, de ce fait, qu'il y ait quelques erreurs.
Q : Ces mois-ci, nous nous posons tous la même question : Comment te sens-tu, Rafael Nadal ?
R : Et bien, la vérité est que je me sens bien… mais nous devons attendre de voir comment tout cela évolue. Je ne m’entraine que depuis une semaine et demie et les reprises d’entrainements se déroulent toujours bien parce qu’on a le moral et beaucoup d’enthousiasme. Mais il faut être patient et voir comment se comportent mes genoux lorsque je force un peu. Je vais travailler cela dans les jours qui viennent en espérant qu’il y ait de bons résultats.
Q : Rafa, que s’est-il passé ? Tu es arrivé à Wimbledon et tu as déclaré que tu n’étais pas prêt à entrer dans la compétition.
R : J’ai passé de nombreux mois ainsi… lorsque je suis rentré de Miami, et que je m’entrainais à Manacor, j’ai commencé à ressentir une douleur nouvelle dans le genou. J’ai retiré les bandages et tout le monde a pensé que j’étais guéri. Mais ca n’était pas le cas. En fait, j’avais mal au dessus des genoux et non plus en dessous, alors les bandages étaient inutiles. Et, c’est ainsi que tout s’est aggravé. Même si j’ai l’habitude de jouer dans la douleur depuis des années…
Q : Tu avais déjà mal en jouant à Roland Garros ?
R : J’avais mal bien avant… J’ai joué Monte-Carlo, Barcelone, Rome puis Madrid avec cette douleur. Durant la toute dernière semaine, je suis allé passer des tests pour voir ce qui n’allait pas. Je ne me sentais pas bien quand je jouais, et j’étais sous anti-inflammatoire chaque jour… et sous infiltration pour Roland Garros. Je me sentais si mal dans un tournoi tellement important pour moi… tous les tournois sont importants, mais surtout Roland Garros et Wimbledon. A un certain point, on se fatigue de devoir jouer dans la douleur et c’est pourquoi j’ai décidé d’arrêter pour essayer de me soigner une bonne fois pour tout.
Q: On a bien souvent dit que tss genoux tenaient grâce à ton mental. Est-ce que les soucis familiaux que tu as affronté ces derniers mois y sont pour quelque chose ?
R : Ma famille est un soutien très important pour moi, c’est certain, et j’ai toujours apprécié ces moments que je passe avec eux. Grâce à eux, je suis devenu ce que je suis aujourd’hui.
Q : Parce que tu es le premier neveu de la famille, le premier fils et le premier petit-fils…
R: Oui, le premier pour tout, dans la famille. Et la vérité est que ca m’a aidé à aboutir jusque là. Et bien sûr, c’est très difficile lorsqu’il y a un changement au sein de la famille… c’est normal au départ. Je suis un être humain et les faits sont difficiles à accepter… et on souffre d’autant plus lorsqu’on n’est pas chez soi, à ce moment… Mais ce n’est pas ce qui m’a affecté durant tous ces mois, parce que ca s’est passé durant Indian Wells et j’ai gagné Monte Carlo puis Barcelone et Rome. Je pense que le réel problème est mon genou ! Ca ne m’a pas aidé, c’est sur, mais je suis plutôt positif et je crois qu’aujourd’hui, j’ai quasiment accepté la 'situation. Nous devons tous nous y adapter.
Q : Tu n’aimes pas beaucoup parler de toi, de ta famille ou de tes amis…
R : Non, je n’en parle jamais. Je n’ai jamais trop aimé parler de ma vie privé… Mais, pour être honnête, mon genou est le seul problème… ou l’a été à cette époque. C’est ce qui m’a détruit mentalement parc que, devant la douleur, tu te retrouves sans aucune ressource. Même si je pense que j’ai appris à m’habituer à la douleur, et à en faire une de mes vertus… mais chaque jour devient très compliqué parce qu’on ne sait jamais comment tout cela va finir. On a des doutes plein la tête et on ne peut pas se plonger à 100% dans la compétition, avec tous ces problèmes. C’est pourquoi j’ai décidé d’arrêter en me convaincant que j’ai fait le bon choix.
Q: Cela va faire 2 mois de pause, ce qui est plutôt inhabituel à ton niveau. Qu’as-tu fait durant tout ce temps ? Qu’est ce qui te manque le plus ?
R : Et bien, au départ, je n’avais pas vraiment envie de faire grand-chose parce que j’étais atteint… j’avais l’impression de ne pas avoir fait les bons choix… mais tout est de ma faute, j’en prend l’entière responsabilité. Je ne sais jamais quand m’arrêter et prendre du repos.
Q : C’est difficile, n’est ce pas ?
R : C’est très difficile à gérer parce que, plus d’une fois, j’ai continué ainsi sans jamais faire de pauses… et, alors j’en viens à ne plus savoir quand est-ce que je peux donner encore un peu plus de moi-même. Dans l’idéal, j’aurais du faire une pause après Rome et me reposer durant 3 semaines pour être prêt à Roland Garros. Je ne l’ai pas fait, et j’ai joué Madrid. Je crois que j’ai fait une erreur, mais rien n’est moins sûr. Si ca ce trouve, je n’aurais pas été bien pour Roland Garros non plus. Parce que, aujourd’hui j’ai deux mois de repos, je me sens bien, mais je ne me sens pas à 100%.
Q :J’ai l’impression que tes perspectives ont changé, en deux mois…
R : Non, je ne crois pas. On doit simplement apprendre de nos erreurs, pour ne pas les répéter par la suite. Il y a des choses qui n’ont pas marché et qui doivent être changé avec un peu plus de précaution, dans certaines situations… Il faut s’y habituer, car j’ai toujours pour habitude de donner mon meilleur.
Q: Et, pendant ces deux mois, tu as pris des vacances?
R : Très peu… comme je l’ai dit, j’ai beaucoup travaillé. Au départ, je devais utiliser des machins que je placais sur mes genoux, environs 5 heures par jours et chaque nuit…
Q : C’était quel genre de machine ?
R : Une machine de magnétothérapie.
Q: Nombreux sont ceux qui vont envier ces machines!
R : Non parce qu’avec la chaleur, ca n’était pas agréable d’être relié à un cable… et en fin de compte, j’ai passé beaucoup de nuit sans arriver à fermer un œil.
Q : Tu es en train de perdre ton image, Rafa !
R : J’ai eu beaucoup d’heures d’entrainement sans pouvoir apprécier pleinement ce que je voulais parce que, je suis quelqu’un d’actif, j’aime faire beaucoup de choses comme jouer au football sur la plage etc… Et là, je ne pouvais pas. J’ai fait un peu de bateau, mais je n’ai pas pu aller à la plage un seul jour. J’aime jouer au foot et aller à la plage pour voir mes amis… Mais je ne pouvais pas, je devais rester ici dans mon hamac… Mais, il faut savoir faire ce genre de sacrifices.
Q: Il y a des sacrifices bien pires, mais tu en fais déjà beaucoup…
R : J’ai passé quasiment deux mois au lit… c’est presque bien plus qu’en 4 ans…
[…]
Q : Parlons un peu de ce mental qui te caractérise. Parce que tu peux être mené 0-5 dans un set, et finalement remporter le match…
R: C’est arrive très peu de fois…
Q: Dans ces moments là, à quoi penses-tu? Tu penses à ton adversaire ? A tes chances de remonter ? Tes points forts pour déstabiliser ton adversaire ?
R : La plupart du temps, je pense que j’ai perdu le jeu ! Mais, lorsque tout se passe mal, j’essaye aussi de rester positif, et, comme je l’ai dit avant, on doit apprendre à apprécier la douleur. C’est quelque chose de très important parce que, de nombreuses fois, on se retrouve dans des matchs très longs et, à la fin, ca ne se joue que sur quelques points et ce qui fait gagner est le fait de pouvoir garder sa concentration jusqu’au bout. J’ai travaillé toute ma vie sur le mental, avec mon oncle notamment. Et je pense que c’est devenu un de mes points forts à travers toutes ces années. Je suis toujours prêt à me battre. Je n’ai pas peur de perdre, mais je garde toujours un énorme respect pour mes adversaires, car c’est grâce à eux qu’on apprend. On rentre toujours sur les courts avec un peu d’appréhension… Mais aujourd’hui, je nage en plein doutes…
Q : Ca vous fait peur à nouveau ?
R : Non… je n’ai pas peur… mais bon… Ca fait deux mois que je n’ai pas fait de compétitions…
Q : Jusqu’à ce que tu t’y remettes…
R : Pour l’instant, ce qui me tracasse le plus est mon genou. Si je m’en réfère à mes performances passées, je sais que, si je me sens bien alors mes résultats sont bons. Je sais que rien n’est éternel, mais j’espère pouvoir jouer une saison encore. J’ai travaillé dur toute ma vie, et encore aujourd’hui. Mais cela fait deux mois sans compétition et…
Q : Quels sont tes objectifs, maintenant ? Parce que tu as perdu ta place de n°1 mondial que Roger Federer a récupéré . Tu as envie de la retrouver ?
R : Non, ca n’est pas mon but premier. Certaines personnes ont peut-ètre du mal à le comprendre, mais mon but premier est de me sentir bien sur le court et de m’améliorer. Je sais que, si mes genoux ne sont pas remis, alors je ne pourrais pas progresser, parce que je ne peux pas m’entrainer convenablement. Mon seul soucis, pour l’instant, est de récupérer mon genou et de me sentir bien. Je veux être certain d’être prêt avant de revenir.
Q : Et tu planifie de revenir quand ?
R : Je ne sais pas. J’espère pouvoir jouer Montréal dans une semaine et demi, mais, je le saurais dans quelques jours, lorsque je forcerais un peu plus sur les genoux. On ne peut pas jouer de tels tournois si on est pas à 100%. Mais j’espère vraiment pouvoir être là. Je ne me concentre pas sur un nombre, mais seulement sur mes genoux.
Q : Juste par curiosité : Est- ce que Federer t’a appelé, ou est ce que tu l’as appelé ?
R : Je lui ai envoyé un SMS pour le féliciter de sa victoire à Wimbledon, et il m’a répondu. Hier, je lui ai encore envoyé un message pour ses jumelles, et je n’ai toujours pas reçu de réponses. Mais je pense qu’il doit avoir au moins 1000 messages.
Q : Quel est le plus beau souvenir de ces 2 derniers mois ?
R : Sans hésiter : le soutien que j’ai reçu des gens. Sur ma page Web, j’ai des milliers de messages, et je n’ai pas assez de mots pour exprimer combien je les remercie tous pour ces gentils messages. Et, sur mon téléphone portable, j’ai aussi reçu des messages de sportifs, de politiciens, d’amis… et, je crois que c’est ce qui te redonnes l’envie d’avancer, parce que tu sens que toutes ces personnes t’aimes et se sentent concernées par ce qui t’arrives…
Q: Est ce que tu es seul à decider de ton retour ? Ou est ce que les sponsors et le circuit ATP te pressent un peu ?
R : Non, on ne m’a jamais mis la pression, ni de la part des sponsors, ni de la part du circuit ATP. D’ailleurs, j’ai suffisamment la pression avec leur calendrier ! Je suis libre de revenir quand je l’aurais décidé. Je me sens prêt, mentalement, à revenir. Je veux être certain de pouvoir me donner à 100% lorsque je reviendrais
Q : Nous sommes de tout cœur avec toi, bonne chance.
R : J’en ai besoin !