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Roland Garros: Interview de Roger Federer

Dimanche 7 Juin
R.FEDERER/R. SODERLING
6/1 7/6 6/4
(Arrivée deRoger FEDERER sous les applaudissements.)


Q.Félicitations.

R. Merci.

Q. Nous souhaitions savoir si vous avez ressenti plus de suspens que nous ? Vous meniez 4/0 dans le premier, vous avez breaké immédiatement dans le deuxièmes et, et breaké immédiatement dans le troisième. Le match était plus facile que ce à quoi vous vous attendiez ?

R. Je m'attendais à un match difficile car Robin a très bien joué et c'était la finale des internationaux de France. Pour moi, c'est le tournoi que je n'avais pas encore réussi à gagner, je connaissais la difficulté de ce match. J'espérais bien démarrer, ce que j'ai fait, et cela m'a permis de me détendre. Le deuxième set a été la clef.
Je suis resté très présent et j'ai joué un des meilleurs tie-break de ma carrière avec ces 4 aces, mais mentalement,c'était très difficile pour moi de rester dans le match. Pendant le match. Mon esprit était toujours en train de me dire "Que va-t-il se passer si je gagne ? Qu'est-ce que cela va vouloir dire ? Qu'est-ce que je vais dire ?" Une fois qu'on a gagné, on a le temps de réfléchir à cela,mais cela n'arrête pas de revenir à l'arrière de la tête. J'étais très nerveux.
Au début du troisième set, je me suis rendu compteque j'étais tout près, j'étais donc très nerveux, et au dernier jeu, vous pouvez imaginer à quel point il était difficile, il était pratiquement injouable pour moi car j'espérais servir bien et que lui fasse 4 erreurs.Cela a été des hauts et des bas au niveau émotionnel pour moi.

Q. Vous savez qu'en principe, on n'applaudit pas le vainqueur d'une rencontre, mais là vous l'avez fort bien mérité. Maintenant, en repensant à l'Australie, vous êtesbien revenu. Qu'est-ce qui se passe, est-ce pour vous un bain de jouvence dans votre carrière ? Mentalement et physiquement, c'est un nouveau départ ?

R. Oui, je suis évidemment très fier de ma carrière. J'ai réussi beaucoup plus que ce que je souhaitais réussir. Mon rêve en tant que gamin,c'était de réussir à gagner Wimbledon un jour: je l'ai gagné 5 fois ! Car une fois cela ne me suffisait pas.
Les internationaux de France, cette victoire en particulier, c'est là depuis quelques années, quand je me suis rendu compte quel grand joueur je pouvais devenir, j'ai commencé à adorer cette ville, lesgens ici, le court central, de m'habituer aux conditions d'ici. Je n'ai jamais réussi à bien jouer sur le court central au début, car il est tellement grand.J'ai donc quand même beaucoup bossé pour gagner ce dernier Grand Chelem et ça,c'est évidemment extraordinaire et je suis très fier.

Q. Vousaviez remporté Wimbledon à 21 ans, l'Australie à 22 ans, lesEtats-Unis à 23 ans. Cela donne encore plus de valeur que d'avoir dû attendre pour ce tournoi ?

R. Oui, surtout que j'étais très proche du titre ces dernières années. C'était un peu difficile d'accepter la première défaite en 2006 car c'était ma première finale, et quand j'ai perdu, je me suis dit "Zut, il va falloir que j'attende encore un an et je ne sais même passi j'arriverai en finale !" Les autres années ont été plus faciles car j'ai été plus détendu, j'étais plus conscient de ce qui se passait autour demoi. Je pense que oui, l'attente et l'âge ont un impact qui donne plus de saveur encore à cette victoire. Cela a mis du temps à venir et je l'ai enfin aujourd'hui, et j'en suis très fier.

Q.Félicitations. Si on repense à ta saison du printemps cette année, tu as eu quelques difficultés contre Djokovic et Murray, mais aujourd'hui tu reviens très, très fort. Crois-tu continuer pour les tournois du Grand Chelem ?
R. Oui j'y crois. Plein de gens ont parlé de mes défaites car c'est vrai, j'ai perdu mon titre de numéro 1. Néanmoins, je nesuis pas tombé loin dans le classement, j'ai continué à très bien jouer.L'important pour moi, c'était de continuer à travailler dur. C'est vrai, j'aieu des problèmes l'an dernier, vous êtes tous au courant, parfois, les gens nevous donnent simplement pas le temps de vous guérir, de cicatriser ce qui ne vapas.
Je ne suis pas le genre de type qui a peur d'aller jouer des matches, même si je ne me sens pas très bien. Peu m'importe de perdre, même au premier tour. Je peux aussi décider de ne pas jouer pendant 3 mois et revenir très, très fort. Mais ça n'est pas la voie que j'ai choisie. Je suis plutôt un type qui aime faire face aux choses et voir si je suis au niveau ou pas. J'ai joué pas trop mal, j'étais plutôt satisfait de ceque j'ai fait en Australie et dans d'autres tournois, Indian Wells, Miami. Après,j'ai joué contre Djokovic et mon jeu m'a totalement abandonné, je ne sais pas pourquoi, mon dos me faisait encore un peu mal, mais je ne sais pas quel était le problème.
Cela étant, j'ai toujours cru à mes chances de gagner ici à Paris, ou n'importe quel autre Grand Chelem. C'est pourquoi j'ai voulu prendre 6 semaines après l'Open d'Australie pour pouvoir revenir très fort et évidemment, je suis très heureux de cette décision aujourd'hui.

Q. Qu'est-cequi est important dans cette victoire ? Votre épouse attend un bébé.Etait-ce important pour vous de penser à tout cela ?

R. Non, je ne sais pas…Pour moi, ce sont deux choses différentes. Ma vie privée, c'est une partie de ma vie, et le professionnel sur le court, c'est différent. Dieu merci, Mirka est impliquée dans les deux côtés de ma vie et je suis très heureux que nous attendions un bébé. Nous attendons avec impatience ce moment cet été. J'espère que tout se passera bien pour elle.
Je ne sais pas si cette victoire a quoi que ce soit à voir avec cela. Evidemment, c'est très agréable de gagner à ce moment-là de ma carrière, cela n'aurait pas pu arriver à un meilleur moment, je viens de me marier, Mirka attend un bébé, c'est encore plus émotionnel peut-être, je nesais pas quel est le lien pour être très honnête, mais je suis tout simplement heureux. Ma vie est vraiment bien en ce moment.

Q. Edberg,Mac Enroe et Pete n'ont jamais gagné ici. Des gens se disaient que vousrentriez dans cette catégorie et que vous ne pourriez jamais le gagner ?

R. J'ai tendance à ne pas être d'accord avec ceux qui disaient cela. Je me suis donné des opportunités ici, à Paris ; Pete a fait une fois les demi-finales, moi j'étais là à plusieurs reprises en finale. J'aiaussi été en finale à Monaco, à Rome, sur d'autres tournois de terre battue. Jesavais que Rafa soit là ou pas en finale, moi j'y serais, j'y croyais, je les avais. C'est exactement ce qui s'est passé. C'est drôle, je ne l'espérais pas,j'y croyais ! (Rires)

Q. Désolé de revenir sur un événement désagréable mais aujourd'hui, un spectateur est descendu sur le court. Cela aurait pu se transformer en un incident très désagréable.Qu'avez-vous ressenti au moment où vous l'avez vu ? Il a semblé que la sécurité a mis beaucoup de temps à arriver.

R. Je n'ai pas compris ce qui se passait, j'ai entendu les cris de la foule et j'ai vu quelqu'un sauter la barrière. Je n'ai pas été effrayé comme si je l'avais vu tout à coup devant moi. Et puis, cela s'est passé auparavant à Wimbledon, deux personnes étaient descendues sur le court. A Montréal également, quand j'avais joué contre Roddick et que j'avaisperdu. Ce n'était pas la première fois, mais normalement, le type me regarde avec l'air de dire : "Excuse-moi, il faut que je le fasse, car voilà, j'ai une raison !" Je me souviens, l'Anglais était plutôt désolé, il m'a regardé et m'a dit : "Désolé, il fallait que je le fasse." J'ai répondu :"Tout va bien, mais ne me touche pas !" (Rires.)
Ce type-là, aujourd'hui, je ne voyais pas ce qu'il voulait, s'il voulait me donner quelque chose, je n'étais pas très à l'aise quand il s'est rapproché de moi et si j'y repense, cela m'a un peu fait perdre mon rythme. Maintenant que j'y repense, j'aurais dû m'asseoir, prendre une ou deux minutes pour réfléchir à ce qui venait de se passer, savoir si c'était réel ou pas. Je ne sais pas. Je voulais continuer à jouer et en finir avec cela. Oui, cela m'a foutu un peu la trouille quand même.

Q. Svetlana a gagné le tournoi hier et elle était totalement pour vous. Que pensez-vous du tennis russe et de sa victoire ?

R. J'ai été ravi qu'elle ait gagné. Le tennis russe fait preuve d'une force incroyable depuis quelques années. J'aime beaucoup le jeu de Svetlana, j'étais très heureux qu'elle ait remportée le titre ici. Ils ont des joueurs exceptionnels, chez les hommes comme chez les femmes, et je suis sûr que nous les verrons de plus en plus à l'avenir.

Q.Félicitations. Je sais que ce n'est pas ce que vous envisagez, mais si vousdeviez prendre votre retraite demain, seriez-vous heureux ?

R. Oui, bien sûr, car j'aifait tout ce que j'avais à faire. Je me suis battu pour ce moment, je suis resté positif, calme, quand les choses n'allaient pas très, très bien, même si elles allaient quand même bien. Oui, j'ai toujours dit : peu importe le moment où je prendrai ma retraite, je le ferai l'âme en paix.
Je pourrais m'en aller demain, mais je ne vais pasle faire car je n'en ai pas envie pour l'instant. Je sais aussi que le tennis ne durera pas toute ma vie, mais j'essaie d'y prendre plaisir aussi longtemps que je le peux.

Q. Avec la pluie, toutes ces histoires dans votre tête et ce type qui débarque sur le court, cela a-t-il été la finale la plus dure à gérer mentalement ? Car physiquement vous n'aviez aucun problème.
R. Oui, je pense que c'était difficile. Lesconditions, j'en ai parlé avec les journalistes suisses allemands, j'espérais qu'il n'y aurait pas de pluie car ce n'était sympa ni pour moi, ni pour mon adversaire, ni pour les spectateurs. Et les conditions, surtout sur une finale du Grand Chelem, quand il pleut, c'est difficile à gérer. Maintenant, je me dis que voilà, c'est ce genre de temps qui m'attend, Andre a gagné ici il y a dix ans,je ne veux pas dire combien il a eu de la chance, mais les chances ont tourné en sa faveur au moment où il en avait besoin.
C'est ce qui m'est arrivé ici pendant ces 2 semaines, je ne veux pas parler de ce qui s'est passé avec Tommy Hass au troisième set, mais j'ai été dans des situations très difficiles pendant ce tournoi. Cela fait partie du tournoi. Il y a eu cette pluie aujourd'hui, ces conditions, le vent qui tourbillonnait et un adversaire très dangereux. J'ai réussi à gérer tout cela pendant 2 semaines, j'ai souvent dit que si on veut être un bon joueur sur terre battue, il faut aussi savoir jouer dans ces conditions comme dans des conditions de temps clément.
C'est pourquoi j'aime dire que je peux gagner quelles que soient les conditions et je l'ai montré sur ce tournoi.

Q. Si tant est que cela ait de l'importance, est-ce important, qu'est-ce que cela représente d'avoir gagné 14 titres du Grand Chelem ?

R. Oui, j'avais presque oublié, mais je ne sais pas ce qui représente le plus pour moi, mais c'est une sensation extraordinaire que d'avoir réussi à remporter 14 titres et de ne pas s'être laissé effrayé par le fait que j'avais perdu quelques finales contre Rafa. J'ai réussi à reprendre le contrôle, gagner ici à Paris. André m'a remis la coupe, c'est le dernier à avoir gagné tous les tournois du Grand Chelem. C'est un joueur pourqui j'ai beaucoup de respect et je connais ces deux joueurs, je sais que je les respecte tous les deux.

Q. Le point le plus important du tournoi, est-ce le point de break quand tu servais au troisième set contre Haas ?

R. C'est ce que je ressens, mais si tu veux vraiment tout résumer à un point, on va dire que c'est celui-là. Cela étant, j'ai eu des balles très difficiles à jouer pendant ce tournoi, peut-être qu'il y a aussi lepoint à 5-4 contre Soderling car qui sait si, à un moment, il n'allait pas revenir. On doit vivre ce genre de situation. J'ai été en mesure de les gérer,car comme je le disais, j'ai eu des moments difficiles contre Acasuso, contre Mathieu, contre Haas, contre Monfils quand il a eu une balle de set, contre DelPotro et aujourd'hui encore. J'ai réussi à gérer cela bien et vraiment j'ai bien réussi ce tournoi.

Q. De nombreuses personnes ont dit que vous veniez d'écrire votre nom dans l'histoire et qu'après Pete Sampras, vous êtes le meilleur joueur de tous les temps. Qu'en pensez-vous ?
R. Je dirai que c'est très agréable de faire partie des meilleurs. Pour moi, c'est un honneur d'avoir reconnu ma réussite dans ce sport. Je l'ai dit sur le court, je ne sais pas si on pourra jamais nommer leplus grand joueur de tous les temps, mais je suis effectivement très heureux de faire partie du lot.

Q. Vous n'êtes sans doute pas encore le meilleur joueur de tous les temps, mais allez-vous encore essayer de gagner tous les autres titres d'ici à l'année prochaine ?
R. Je vais essayer de gagner tous les matches queje vais jouer et après, je laisse les autres juger si j'ai été grand, très grand, moyen, petit. C'est aux autres de décider ! (Rires.)
Pour l'instant, je joue, je n'ai pas encore pris ma retraite et j'ai encore beaucoup de tournois devant moi, de tournois du GrandChelem. Je vais évidemment tout faire pour avoir la plus belle carrière possible, mais je n'essaie pas à tout prix de battre tour les records. Cela étant,pour l'instant, je suis heureux de ce que j'ai déjà réussi à faire et espère pouvoir battre quelques records encore.
Evidemment, le plus important est de rester enbonne santé car la motivation n'est certainement pas un problème pour moi. Il ya différents changements qui vont s'opérer dans ma vie avec mon épouse et notre enfant, cela va être des années passionnantes à venir.

Q.Félicitations.
R. Merci.

Q. Racontez nous 2 choses. D'abord, ce dernier jeu, vous disiez en anglais à quel point vous étiez tendu. Ensuite, pouvez-vous dire ce que vous avez fait hier soir et comment vous avez géré cette veille de match ?

R. Le dernier jeu, je n'ai jamais peur de servirpour le match ou le set. C'est peut-être difficile à faire, mais je me suistoujours dit que le meilleur sert pour le match à la fin. Si tu double breakes avant, c'est trop fort, mais il faut s'attendre à servir pour un match. C'est pourquoi je n'avais jamais peur de ce moment-là, mais c'était tellement émotionnel d'affronter ce premier service du premier jeu.
J'ai espéré faire4 services, il rate 4 fois et c'est fait.
C'est le scénario idéal, mais je sais en même tempsque ce n'est pas cela qui va arriver, j'ai essayé de jouer agressif,intelligent sur mes choix, j'ai pu retenir un peu mes coups sur le coup droit,à 15-0, ou le coup droit que j'ai raté en montant à 30 partout en l'air.
Ce sont des choses tellement difficiles à faire en de tels moments, c'est pourquoi on voit parfois un revirement du score.Mentalement, j'étais déjà tellement ailleurs, je ne me voyais pas encore gagner, mais j'étais déjà content d'être dans cette situation, il fallait rester calme, essayer de bien faire. J'ai réussi à le faire, c'était tellement un moment magique que c'est difficile à décrire pourquoi et comment.
Hier soir, j'ai regardé tranquillement les deux matchesque j'avais eus contre SODERLING à Madrid et à Paris Bercy l'an dernier sur indoor, pour voir ce qu'il faisait de bien et de moins bien et bien me préparer. On a parlé du match avec CD, j'ai mangé dans la chambre avec Mirka,il ne fallait pas chercher à être en groupe, mais plutôt rester calme. Cela a fonctionné et je suis content.

Q. Qu'est-cequi est le plus fort comme performance sportive, gagner les 4 ou gagner 14 titres du Grand Chelem ?
R. Les deux sont incroyables. Je ne vais pas me faire des compliments à moi-même, mais si tu gagnes 14 c'est que tu gagnes les trois autres, beaucoup de fois, ce qui est difficile à faire sur plusieurs années ; et si tu gagnes les 4, c'est peut-être plus vite car tu es en bonne forme au bon moment. C'est peut-être un peu plus facile de gagner les 4 qu'ily a 30 ans où le gazon était beaucoup plus rapide, le dur était beaucoup plus rapide, la terre battue était comme elle était… Je ne sais pas.
Avant, on avait plus de spécialistes de terre battue et de spécialistes de dur. Aujourd'hui, c'est plus mixé, ce qui rend les choses plus faciles mais aussi plus dures. Je ne sais pas, c'est difficile àdire.

Q. Vous avezattendu 27 ans pour remporter Roland Garros, vous avez remporté l'US Open,Wimbledon et l'Open d'Australie beaucoup plus tôt. Cette attente donne unevaleur particulière à ce titre à Roland Garros ?

R. Je n'ai pas attendu 27 ans, je n'étais pasné, mes parents m'ont dit : "Si tu ne gagnes pas Roland Garros, on vat'abandonner comme fils!" (Rires.)
Je n'avais pas cette pression, mais ils ne m'ont jamais dit qu'il fallait que je gagne par exemple Roland Garros, ça n'estjamais venu d'eux. Ils ont seulement espéré et souhaité que je réaliserais cela. Mais avec l’attente, la satisfaction est encore plus grande, car le premier Wimbledon en 2003, c'est un choc qui t’arrive. Plus tard, tu sais ceque c'est que gagner, que de gérer la pression, que d'arriver sur le court central, que de faire des conférences de presse, que d'avoir des sponsors, que d'être riche, connu.
La vie change à partir du premier Grand Chelem que j'ai gagné en 2003. C'est totalement différent, mais la satisfaction est énorme aujourd'hui de remporter Roland Garros après être tellement près, plusieurs fois d'affilée, de le faire.C'est le moment optimal pour moi de remporter Roland Garros.

Q. Pourquoi la détermination, l'agressivité, le service n'ont-ils pas fonctionné dans les autres matches ? C'est à cause de Soderling ?

R. Je ne sers pas à 280, mais chaque joueur est différent. C'est la difficulté du tennis, les conditions sont différentes chaque jour et l'adversaire est différent chaque jour. Soderling, Monfils etDel Potro jouent de façon assez similaire, mais ils sont différents, ils retournent différemment, ils ont des zones différentes qu'ils aiment, ils servent un peu différemment dans les moments importants. C'est pourquoi tu nepeux pas toujours servir de la même façon ou bouger de la même façon.
Dans le tennis, tu peux mal jouer et gagner, etbien jouer et perdre. Il faut essayer de mettre toutes les possibilités de toncôté au bon moment, faire les bons choix. C'est ce que j'ai réussi à fairependant cette quinzaine et j'en suis très fier.

Q.Félicitations. Quel a été le premier truc qui t’est venu à l'esprit au moment où la balle de Soderling est allée dans le filet avec le service gagnant ?

R. D'abord qu'elle ne passe pas. Ensuite, j'ai dûf aire un revers car elle était tellement courte. J'ai espéré l’ace ou le surprendre, mais il était là, je ne voyais pas si elle passait ou pas. Au moment où elle touche le filet, tu sais que c'est fini, tu ne sais pas si tu vas faire le tour du terrain ou te mettre par terre ou ne rien faire. J'avais souvent la même réaction de me mettre par terre, à genoux… C'est arrivé la première fois quand j'ai battu Sampras en 2001, c'était presque la même scène il me semble. Cela reste avec toi, c'est la meilleure façon pour moi de m'exprimer, de sentir cette victoire.

Q. Quand Nadal a perdu, tu n'as pas fait beaucoup, beaucoup de commentaires car tudevais surtout te concentrer sur ton prochain adversaire. Maintenant, tu peuxnous dire si ce soir-là tu as pensé que c'était la bonne année pour toi ?

R. Je savais que les chances étaient plus grandes que les années précédentes, le record contre Nadal est dur pour moi, surtoutsur terre battue. Même si je venais de le battre à Madrid, je savais que les chances augmentaient s'il n'était plus dans le tournoi. Je n'étais pas du tout content qu'il ait perdu, ce n'est pas mon genre, il ne fallait rien dire ;la presse voulait entendre ce que j'avais à dire, j'ai attendu quand le momentest venu pour moi de faire une conférence de presse, de dire quelque chose là-dessus.
Pour moi, c'est important, pas seulement moi maisles gens gardent le respect pour Rafa car ce qu'il a réussi à accomplir ces quatre dernières années, ne jamais perdre ici, est un record exceptionnel.Cela montre à quel point c'est difficile de gagner un tournoi cinq fois ; je l'ai fait à Wimbledon et l’US Open, il a essayé de le faire ici, mais cela montre que ce n'est pas très facile.
J'étais déçu pour lui, mais je savais que pour moi c'était une grande occasion et en même temps, cela a augmenté la pression surmoi. Cela n'a donc pas beaucoup changé au moment même, mais au final, oui car je ne jouais pas Nadal mais Soderling.

Q. Quel est le futur de Soderling ? A-t-il la capacité de gagner un GrandChelem ?

R. Je pense qu'il a de meilleures chances de bien faire sur des surfaces plus rapides, car c'est là où il a eu le plus de succès.Sur indoor, on n'a pas de Grand Chelem sur cette surface, mais l’US Open etWimbledon sont des courts qui devraient lui convenir. Maintenant, il est important qu'il continue à bien travailler, à apprendre ce qui est positif de ce tournoi et à enchaîner.
C'est difficile, mais c'est certainement faisable pour lui.

Q. Aprèsquatre échecs ces quatre dernières années, avez-vous eu des doutes depouvoir y arriver à Paris ici ? Quand vous vous imaginiez gagner ici,imaginiez-vous cette journée comme cela, avec la pluie, la lumière, cetteambiance un peu étrange ?


R. J'ai toujours cru en ma chance ici même, si j'ai perdu 4 fois serrées dans le dernier stade du tournoi, j'ai toujours pensé que jusqu'à mes des derniers jours de tennis, j'aurai ma chance pour RolandGarros.
Quant à la journée, je ne me voyais jamais vraiment gagner Roland Garros encore car mon rêve d'enfant, c'était toujours d'être àWimbledon, sur gazon. Ici, c'est quelque chose que j'ai espéré voir se réaliser, mais je n'ai pas d'images quant à comment j'allais gagner. Après avoir été aussi près, voir Rafa gagner, j'espérais aussi que cela m'arriverait un jour et j'étais quasiment sûr que j'allais être à genoux ici, si jamais je gagnais.

Q. Depuisdimanche dernier Nadal est éliminé, les attentes ont encore augmenté autour devous. Cela a-t-il été la semaine la plus longue de votre vie ?
R. Oui, c'était deux ou trois semaines difficiles, surtout la dernière, j'ai eu l'impression que c'était comme si j'avais dû jouer quatre finales contre Haas, Del Potro, Monfils et Soderling.La pression était tellement extrême et les gens souhaitaient tellement que jegagne que c'était difficile de gérer tout cela. C'est pourquoi je suis très fatigué maintenant, je pense que c'est à cause de cela que cela va me prendre un peu de temps d'accepter cette victoire, car elle était finalement un peu surprenante. Je n'ai jamais gagné ici, mais la sensation était formidable,incroyable.
C'est pourquoi je pense que cela peut prendre plus longtemps que d'habitude de réaliser une telle victoire.

Q. Soderling a fait des super matches tout au long du tournoi. Aujourd'hui, on l'a peu vu,voire pas du tout dans le premier set. Que s'est-il passé selon vous ?C'était la pression de la finale qui l’a totalement plombé ?

R. Non, je ne pense pas. Il n'a pas eu le début dematch qu'il souhaitait, car je jouais bien. Quand j'analyse les matches, avec CD, j'ai vu comment il a gagné très vite. On a dit qu'il a joué des mecs qui jouaient très loin derrière, ce qui lui a laissé le temps de se mettre en place et d'utiliser ses grands coups. Je n'ai jamais eu extrêmement de problème à le retourner. Je savais que j'allais entrer dans les échanges. C'était important pour moi d'être près de lui.
Cela veut dire presque faire un match sur dur contre lui, mais en utilisant les avantages de la terre battue. C'est ce que je voulais faire et cela a fonctionné. C'est comme cela que je l'ai gagné lesneuf dernières fois, j'ai juste eu l'impression que les autres adversairesl’ont un peu trop laissé jouer. C'est ce que j'ai essayé de ne pas laisser faire.

Q. Je t’ai posé la question vendredi, tu m'as demandé de te la reposer dimanche : jel e fais !Durant cette quinzaine, as-tu vu des signes comme quoi c'était vraiment ton année ?


R. Oui. Je trouve qu'avec la façon dont j'ai gagnécontre Acasuso et Tommy Haas, cela ma donné un feeling comme quoi cela pouvait être la bonne année.
Après, c'était au moment où Rafa a perdu. Cela ne changeait donc pas grand-chose, mais cela me laissait espérer plus. J'ai vu des moments où je suis passé tellement près de la défaite, c'est vraiment comme Agassi quand il a gagné à l'époque. Ce n'est pas que l'on est chanceux, mais il faut mettre toutes les chances de son côté. Et quand je regarde avec quelle intensité je me suis entraîné, en pensant toujours que je le faisais pour Roland Garros, tout est venu au bon moment.
J'aurais espéré que cela vienne plus tôt dans le match pour avoir l'avantage, comme par exemple aujourd'hui… Mais pour finir,prendre les bonnes décisions quand c'était serré et passer ainsi m'a montré que cela peut être la bonne année.
C'est pourquoi je ne t’avais pas encore répondu,car il fallait attendre, il n'y avait pas de garantie. J’aurais pu me casser une jambe sur le court, et cela n’aurait peut-être pas été la bonne année !(Rires.) Il fallait donc bien attendre et voir ce que cela donnait.
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