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Roland Garros: interview de Roger Federer

Lundi 1e Juin
R.FEDERER/T. HAAS
6-75-7 6-4 6-0 6-2


Q.Roger, félicitations ! Je voudrais savoir ce que tu dois faire pour battre Rafa ?
R. Il n'a pas pris sa retraite encore non ? (Rires).

Q. Tu connais l'histoire avec Borg, tu pensais qu'il avait pris sa retraite ?
R. Je pense qu'il va rebondir, c'est clair ! C'était une très grosse surprise cette défaite de Rafa, mais il n'était pas très concentré. Mon rêve était de battre Rafa ici, en finale, mais je dois me concentrer sur la partie de mon tableau. Pour moi, l'essentiel était de passer aujourd'hui. Tommy Haas a été exceptionnel, je devais me concentrer sur lui et je me concentrerai sur le prochain adversaire.

Q. Félicitations ! C'est unsuperbe retour, tu étais mené 2 sets zéro c'est difficile pour n'importe quel joueur notamment quand Djokovic et Nadal sont perdus, cela t'a mis de la pression supplémentaire au troisième ? Au troisième set à 5/4, il a fait une double faute.

R. Je ne m'en souviens pas.

Q. Qu'en penses-tu ?

R. Je servais plutôt bien pendant un set et demi. J'étais mené aupremier set, au deuxième j'étais un peu en retard. A 4/3, il a essayé deme prendre mon service, j'étais un peu nerveux. Peut-être n'avais-je pas trouvé mon rythme de la ligne du fond du court et Tommy servait extrêmement bien à ce moment-là, il brouillait aussi les cartes. Je me suis senti un peu souspression aujourd'hui, Tommy a joué un super jeu pour prendre mon service et ila remporté le set. Moi, j'ai essayé de rester calme. Dans ce type de situation,on ne pense pas au joueur qui est sur le tableau, on essaie de se concentrersur soi-même. C'est difficile de rester positif quand on est mené 2 sets àzéro et qu'on a une balle de break contre soi. Cela a été une superbe empoignade et je suis très heureux de m'être qualifié.

Q. Il va sans dire que tu es un professionnel fabuleux. On te connaît pour ta concentration, mais tu es un être humain. Qu'as-tu pensé quand ton grand rival a perdu ? Tu as peut-être pensé à l'occasion qui pouvait s'ouvrir avec cette défaite. Comment as-tu réagi psychologiquement ?
R. J'ai vu la dernière partie du match, car je m'entraînais et ensuite, j'étais dans les transports. C'est vrai que Soderling n'a pas semblé nerveux ; pendant les jeux où il pouvait faire le break, il a très bien joué.Tout cela montre que c'est difficile de remporter des matches tous les jours,semaine après semaine. Il y a quelques années, Rafa a eu une superbe série sur terre battue, il a remporté 30 matches à Roland Garros, c'est un exploit remarquable. Mais nous sommes des êtres humains et nous pouvons perdre. On a l'impression que c'est simple. C'est vrai que, pendant chaque année, il a remporté les tournois sur terre battue. Moi, je remportais ceux sur gazon.Ensuite, on se partageait les tournois sur dur.
Je sais ce que cela veut dire que de dominer et maintenant, je pense que lui est confronté à cette situation. Les médias lui ont dit qu'il était invincible, imbattable, mais le tennis, ce n'est pas cela. Quand on va sur le terrain, il y a des joueurs qui essaient de vous battre, notamment, Tommy aujourd'hui. Quand on voit comment il a servi aujourd'hui, cela leur donne une motivation supplémentaire. Vous êtes le gars qu'il faut battre, ils n'ont rien à perdre. Si vous les battez, c'est un résultat normal et si vous perdez, c'est un exploit pour l'adversaire. C'est ce que Soderling a réussi à faire.
Bien évidemment, il y a le mental qui joue. Les autres joueurs sedisent que c'est une superbe opportunité. Moi, cela ne m'a pas trop touché, car je ne suis pas dans la même partie de tableau que lui.

Q. Félicitations pour ta performance. Maintenant, le scénario est ouvert. Est-ce une occasion pourtoi ou est-ce un fardeau ?
R. Vous savez, je suis prêt à affronter n'importe quelle situation,cela ne m'affecte donc pas du tout. J'ai conscience, bien sûr, de la situation,j'essaie de rester en lice, mais je me concentre sur mes coups, mon match, la façon dont je dois jouer, le schéma tactique. Je pense à cela, pas plus.
Lorsque l'on atteint la finale, le scénario est différent car alors,quel que soit l'adversaire, si je devais arriver en finale, j'aurais un bonbilan contre le joueur contre je vais jouer en finale. Avec Rafa, c'estdifférent, car j'ai perdu contre lui ici. Je n'ai pas encore atteint la finale,on ne va donc pas y penser, mais tout cela n'a pas changé grand-chose pour moi.

Q. 3/4, 4/3 et tu a sfait un coup droit décroisé. Haas a dit que cela a été véritablement un point remarquable d'avoir sauvé cette balle de break. Il s'est dit : "ça, c'est du Roger Federer" Comment expliques-tu ce coup droit ?
R. Pendant 2 sets et demi, j'avais du mal, notamment, du fond du court. Grâce à mon service, j'ai pu rester dans le match, mais cela a été difficile de délivrer des coups gagnants, de contrôler la balle, car on savaitque les échanges seraient courts. Il n'y avait pas de rythme. Il y avait duvent. Le meilleur coup du match, c'était la balle de break que j'ai pu écarter.Je connais l'importance de ce point et je me suis dit que la voie était ouverte, que je pouvais me procurer des occasions. Je me disais que je pourrais me remémorer ce coup qui m'a sauvé, et je l'ai fait, j'ai pu renverser lavapeur.
Aujourd'hui, c'était une superbe sensation pour moi, car j'étais vraiment en danger.

Q. Je crois que c'est lapremière  fois que l'on te voie aussi bien joué au tennis au cinquième set. Es-tu content de la façon dont tu as plié le match ?
R. Oui, je pense que j'ai bien joué contre Acasuso et Mathieu, lesconditions étaient plutôt difficiles, il y avait de l'ombre, du soleil. Au cours des 2 premiers sets, je ne savais pas où je me trouvais. Mais si je vois les trois derniers sets, je me suis mieux senti. Cela aurait été différentsi j'avais gagné 2 sets, perdu 2 sets, puis remporté le cinquième. Je me suis mieux senti au fur et à mesure que le match avançait, notamment, au cinquième. J'ai remporté le quatrième 6/0 , mais Tommy n'a pas joué son meilleur tennis. Je l'ai poussé dans ses retranchements, j'ai joué quand j'avais besoin de bien jouer et au cinquième set, j'ai trouvé mon rythme de croisière. J'espère que cela va m'aider pour jouer un très bon tennis au prochain tour.

Q. De l'autre côté dutableau, tu as Andy Murray. C'est ta principale menace ?

R. Non, pas vraiment. Il a la possibilité d'atteindre la finale, maisje pense que Davydenko n'est pas à écarter. Davydenko, on n'en parle pas beaucoup, on l'a un peu écarté, mais c'est un très grand joueur. Pendant longtemps,il est resté dans les 4 premiers mondiaux. Il n'a pas eu de chance, car ila été blessé. Son classement a baissé non pas parce qu'il jouait moins bien,mais parce qu'il était blessé. Il peut donc aller loin dans le tournoi. Et il ya aussi d'autres joueurs. Tout est ouvert.

Q. Comment fais-tu face à la pression ? Rafa est sorti, tout le monde se dit que Murray va aller loin.

R. Je pense que c'est un peu la même chose, la pression des jeunes est importante, mais vous savez, ce n'est pas une tâche facile, il faut savoir véritablement profiter des occasions. J'ai perdu contre Henman à Wimbledon,mais j'avais battu Sampras avant. Beaucoup de joueurs peuvent jouer un très bon tennis, jouent très bien. Ce n'est pas parce que vous avez battu ce joueur enparticulier que vous allez battre tous les autres dans un fauteuil.
Et mentalement, c'est très difficile de changer son état d'esprit. Ilfaut essayer de jouer un tennis de rêve, mais pour y parvenir, parfois, c'est extrêmement compliqué.

Q. Comment votre entourageque ce soit Mirka, Séverin, Yves Allegro ont-ils réagi à l'élimination de Nadal ?Ils vous ont dit "c'est l'année ou jamais pour toi" ?
R. Non, rien en ce sens. J'ai regardé le match avec mon masseur.
On a regardé comme tous les matches, car il était mené 2 sets à 1et après, c'était à 5 partout. J'ai juste regardé la fin comme un tennisfan. J'ai été impressionné par le niveau de jeu de Soderling mais pas une fois l'un ou l'autre n'est venu vers moi en disant : "voilà, il faut que tu le fasses ; autrement, tu ne gagneras jamais." Cela n'a pas été leur réaction. Je suis content que l'on soit resté calme. Pour moi, c'est normal, ily a une harmonie dans mon équipe et il en faut.

Q. Aujourd'hui, il y a eu ce premier set où vous ne perdez aucun point sur votre service, sauf deux pointsdans le tie-break. A l'inverse, il y a cette balle de break hyper importante. Le mental a été particulièrement important aujourd'hui ?

R. Je pense que c'est une combinaison de plein de choses. Tu ne peux pas apprendre à taper un coup droit comme cela, sur une balle de break, cela vient de l'entraînement, de la chance, du fait de rester calme au bon moment etde tenter le coup. Tu peux jouer aussi beaucoup plus en défensive mais après,tu donnes le choix à l'adversaire de gagner le point ou pas.
Je suis plutôt un joueur qui essaye de pousser la chance de mon côté.Heureusement, j'ai tapé un coup droit bien normal à ce moment-là, je suis resté moyennement calme et j'étais très soulagé derrière, car j'ai fait un bon service pour prendre la première balle de jeu. Mais il faut certainement être très fortmentalement, surtout pour vivre ces moments et après, utiliser cela pour après.Renverser la rencontre, c'est ce qui est encore plus difficile peut-être que de gagner ce point de balle de break.

Q. Ce coup droit arrive àquelques centimètres ou millimètres de la ligne. Qu'est-ce que vous inspire le fait qu'au fond, un match se joue à des millimètres ?
R. Oui, on le connaîtrait bien sur gazon ou sur dur aussi. Parfois, cela se joue sur quelques points. Après, on parle de quelques centimètres pour finir. Sur terre battue, cela arrive un peu moins car on a beaucoup plus demarge. Cela peut plus changer, tu te fais breaker plus souvent sur terre quesur d'autres surfaces. Tu penses toujours que le match peut toujours tourner en ta faveur, même si tu es mené sur gazon ou sur dur, c'est difficile de breaker.A 5/4 si l'autre sert pour le match, c'est beaucoup plus difficile.

Q. Es-tu enrhumé ?

R. Un peu, pas beaucoup.

Q. C'est normal à Roland Garros ?

R. Non, mais j'ai toujours eu un rhume dans ma vie. (Rires) Cela vient, cela part très vite chez moi, heureusement, ce n'est pas très important !

Q. Vous disiez que ce serait un rêve de jouer contre Nadal en finale. Si vous gagnez Roland Garros cette année contre n'importe qui, il y aura moins d'intensité que si c'était face à lui ?
R. Non, pas vraiment. A la fin, contre qui tu joues et qui tu gagnes est égal. La question est pour une autre fois !

Q. Roger, on sait l'importance de Mirka dans la vie de l'homme Federer…
R. Mirka Federer ! Bien essayé ! (Rires)

Q. Quelle importance a t-elle dans la réussite du champion ?

R. Pour moi, les deux premières années que l'on était ensemble, elle n'a pas trop voyagé avec moi car elle avait sa propre carrière.
On s'est vus sur les grands tournois, Miami, les Grands Chelems.
Après, malheureusement, elle a été gravement blessée, elle a attendu longtemps pour se remettre et quand il a eu l'opération, ce n'était pas facile.Honnêtement, elle est vite décidée à abandonner sa carrière pour la mienne,même si elle a toujours des douleurs au pied, car l'opération ne s'est pas très bien passée.
Cela a rendu les choses beaucoup plus faciles pour elle de dire non àsa carrière et de m'aider. Elle est vraiment arrivée au bon moment pour mesoutenir à fond, car j'avais gagné à Wimbledon en 2003, c'était le moment où elle ne savait pas quoi faire avec sa carrière, s'il fallait qu'elle essaye une fois ou pas.
Elle a commencé à m'aider avec les hôtels, les vols, car je n'avais pas de manager à ce moment-là. Elle a commencé à s'occuper de la presse. C'était beaucoup en même temps, mais elle me protégeait de beaucoup de choses. Une fois qu'il y a eu un management, cela s'est calmée, elle est venue chaque jour avec moi partout dans le monde et cela m'a beaucoup aidé en tant que personne.
J'ai plus vite grandi à cause d'elle, elle restait très calme dans les moments très importants de ma carrière, elle était toujours là, je lui dois beaucoup.

Q. Il est possible que vous affrontiez MONFILS que vous avez battu l'an dernier. Estimez-vous qu'il est plus fort cette saison et en quoi ?
R. Oui, on verra s'il bat Roddick, mais je trouve qu'il est en forme.
Je n'ai pas vu tous les sets qu'il a joués, mais honnêtement, je trouve qu'il joue très bien alors qu'il a été blessé. Je connais Gaël, je l'ai joué plusieurs fois, il est toujours un peu up and down, tu ne sais jamais à quoi t'attendre. Mais il a un certain jeu qui est en place maintenant, il est plus calme qu'avant quand il jouait ses premiers Roland Garros.
Je pense que ça la aidé de ne pas faire de match en 5 set durant les premiers deux tours. D'après ce que j'ai vu, il est en bonne forme.
Ce sera un match difficile pour Roddick.

Q. Aujourd'hui, le public était totalement derrière toi alors qu'hier, il était plutôt pour SODERLING. Comment expliquer cette différence ?


R. Je n'étais pas dans le stade hier, mais c'est difficile à expliquer.Peut-être que SODERLING faisait le jeu, peut-être que le public aime quand quelqu'un fait le jeu, car c'est lui qui prend les risques. C'est peut-être une des raisons.
Après malheureusement, parfois, quand quelqu'un gagne un peu trop, les gens sont parfois, non pas contre lui, mais pour l'autre.
J'ai vécu cela à un moment, en 2006, 2007, quand je perdais très rarement. C'était un spectacle de me voir perdre un set. Il faut en passer par là. Je ne sais pas pourquoi le public était derrière moi, même si j'étais mené.Il faut le lui demander.

Q. Aujourd'hui, à quel moment avez-vous senti que le match basculait en votre faveur ?


R. Après le coup droit ! (Rires)Honnêtement, j'ai fait le point et j'ai dit "Voilà, c'est fait, je vais retourner le match." Avant, je ne pensais pas trop à le faire car je jouais trop mal du fond du court, il manquait le rythme. Mais c'était à cause d'Haas qui me mettait en difficulté, car il faut le dire, il jouait très bien. Mais après, j'ai eu tout pour retourner le match et c'est ce qui s'est passé.
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