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Interview de Gilles Simon: "Je ne pense pas voler ma place"



Le nouveau numéro 9 mondial, Gilles Simon, a répondu aux questions de Sophie Dorgan, journaliste au journal l'Equipe.

Durant cette interview, le Francais est revenu sur l'annonce de sa participation à la Masters Cup de Shanghai, suite au forfait du numéro 1 mondial, Rafael Nadal.

Q: Gilles Simon, comment avez-vous vécu l'attente ?


G: Je suis un peu soulagé parce que l'attente n'était pas forcément agréable. On est rarement dépendant du résultat des autres, on est plutôt centré sur ce qu'on a faire. Dans un premier temps, il y a eu l'attente du tournoi. Ensuite, il y a eu l'attente d'un éventuel retrait. Hier (lundi), j'étais juste content, je vais avoir des mots mesurés car je ne voudrais pas que ce soit mal interprété. Je n'étais pas content que Rafa se retire, mais j'étais juste content d'être dedans et de pouvoir me concentrer à fond sur ce que j'ai à faire. Je n'ai pas bondi au plafond quand j'ai appris la nouvelle parce je savais qu'il y avait pas mal de joueurs qui avaient des chances de ne pas jouer là-bas. Au fond de moi, je pensais vraiment que j'allais y aller et jouer. C'est vrai que la nouvelle d'hier m'a soulagé dans la mesure où l'attente est finie et je vais pouvoir me préparer pour ce tournoi comme pour n'importe quel autre. Le fait que la nouvelle arrive assez tôt rend la tâche plus facile pour moi.

Q: Comment avez-vous vécu le forfait de Rafael Nadal ?

G: Dans n'importe quel tournoi quand j'étais premier ou deuxième à ne pas rentrer, cela me paraissait normal qu'il y ait un joueur dans les cinquante premiers qui se retire et qui me laisse sa place. Là, je le vivais beaucoup moins bien. Contre Rafa à Madrid, c'était un match important parce qu'on a tout donné, on est allé loin, il y a un respect qui s'installe entre les joueurs. On ne peut pas souhaiter du mal à ces joueurs-là. Après ma défaite à Bercy, je n'avais plus mon destin entre les mains et cela me rendait très malheureux. Ce n'est pas du tout dans ma nature de souhaiter à un joueur d'être blessé ou de ne pas pouvoir jouer. Ce n'est pas possible. C'est pour cela que ma situation était vraiment difficile. Je m'entends vraiment bien avec beaucoup de joueurs, je ne pouvais pas souhaiter à Rafa d'avoir tellement mal au genou qu'il me laisse sa place. C'est pour cela que j'aurais préféré y être en tant que huitième, comme cela il n'y aurait rien eu à redire.

Q: Vous êtes passé de l'élimination le vendredi à la qualification lundi.

G: Le vendredi n'a pas été si difficile. A partir du moment où je pouvais être que 9e, cela a été plus facile pour moi, c'était fait. Il ne restait plus qu'à encourager Jo pour qu'il essaie d'aller au bout. Finalement, c'était beaucoup plus facile après ce vendredi. Avant, c'était difficile parce que je m'entends bien avec beaucoup de joueurs et je n'aime pas leur souhaiter de perdre. J'avais donc décidé de couper et de ne pas regarder les matches. Je suis resté loin de tout cela, je regardais qui il restait le soir. Il y a eu une sélection naturelle.

Q: Qu'avez-vous fait depuis votre défaite à Bercy ?

G: Je ne me suis pas entraîné, je me suis reposé. J'en avais besoin, surtout mentalement. J'avais besoin d'avoir la tête à autre chose. J'ai pris un peu de temps pour moi, cela m'a fait du bien. Je vais avoir le temps de me remobiliser et de m'entraîner pour être au top pour Shanghaï. C'était important pour moi de prendre quatre jours à ne rien faire.

Q: Et aujourd'hui, vous êtes un "Maître".


G: (Sourires) Je ne suis pas un maître, ça c'est sûr. En revanche, je suis très content d'y aller. Au fond de moi, même si j'étais neuvième, je ne pense pas non plus voler ma place quand on voit à quel point c'était serré jusqu'au bout. Je me dis que je méritais peut-être autant qu'un autre d'y aller. J'y vais en étant 8e ou 9e, donc en étant entre guillemets dans les «moins bons», cela va donc être un tournoi difficile, mais riche en expériences et où il va falloir dans un premier temps se prouver à soi-même que tout est faisable.

Q: Que représente le Masters ?

G: Le premier sentiment est celui d'être honoré d'aller jouer un tournoi aussi prestigieux avec tous les meilleurs sauf Rafa. Faire partie de ce tournoi-là, on se dit qu'on tutoie les maîtres. Je n'en suis pas un, mais je vais jouer avec eux. Il va falloir essayer d'exister dans ce tournoi, il ne va pas falloir être timide et juste content d'y être. A partir du moment où je suis dans un tournoi, c'est pour gagner tout ce que je peux gagner. Cela ne va rien changer à ma préparation. Je vais y aller comme pour un autre tournoi et essayer de tout donner. Ce n'était pas un objectif pendant les 9/10e de la saison. C'est devenu un objectif seulement à la fin. J'avais trouvé prématuré de parler de Masters dès l'US Open parce que j'avais beaucoup de retard. Depuis j'ai gagné un titre, j'ai fait une finale en Masters Series, une demie à Lyon. Malgré cela, je n'ai même pas fini dans les huit. C'était vraiment devenu quelque chose de possible après ma finale de Madrid. Aujourd'hui, je suis vraiment content d'y aller, j'ai vraiment envie de vivre cette expérience. Je ne me rends pas bien compte de la portée de l'événement.

Q: Est-ce que cela concrétise aussi des années de travail et une saison très constante ?

G: Je pense que c'est davantage le classement qui concrétise une saison. C'est plus facile de se dire : "J'ai envie de rentrer dans le Top 10 que j'ai envie de jouer le Masters". Cela parle moins. Pour moi, c'était vraiment irréalisable en début de saison, c'était vraiment très, très loin. C'est une compétition à laquelle je n'ai jamais pensée. Les JO qui étaient une compétition à part, j'y croyais vraiment. Là, cela ne fait qu'un mois que cela devient quelque chose du domaine du possible. Malgré ça, je suis entrée que hier (lundi). Avec Thierry (Tulasne, son entraîneur), on n'a pas encore eu le temps d'en parler. On va se voir tous les deux et on va essayer de bien se re-mobiliser pour cette dernière épreuve. C'est quelque chose de trop nouveau pour que j'arrive à mesurer la portée de l'événement.

Q: Comment allez-vous vous re-mobiliser ?

G: Finalement, c'est assez facile puisque je rentre dès le lundi. Cela me laisse une semaine pour me re-mobiliser. Je sais dès maintenant que je vais jouer le tournoi, c'est donc beaucoup plus simple pour moi de me préparer. Une de mes plus grandes craintes était de rentrer en cours de compétition ou au début avec une annonce le samedi soir. Cela n'aurait pas été facile parce que j'ai souvent besoin de me conditionner pour jouer ces matches-là. En plus, cela va être des matches contre des joueurs très forts. Il faut être prêt à jouer les matches pour les gagner et non juste être content d'arriver sur le terrain. Il faut y être préparer.

Q:  Comment vous conditionnez-vous ?

G: C'est tout simple. Cela vient naturellement quand on va reprendre l'entraînement. C'est une bonne pression qui stimule à l'entraînement avec l'idée de se projeter dans le match, sentir les coups qu'on arrive bien à faire, sur quoi on peut s'appuyer. C'est beaucoup plus facile de faire tous les efforts quand on sait qu'on va les refaire en match.

Q:  Mais ce n'est pas un tournoi comme les autres avec le système de poules.

G: C'est sûr qu'il n'y aura pas de tour de chauffe. Mais c'est une très bonne chose pour moi parce que cela va me permettre de prendre des repères face à ces joueurs. Ce sont des joueurs qu'on n'affronte pas souvent. Quand on perd contre eux, on se dit finalement : "je n'étais pas si loin" et on voudrait les rejouer. Mais on les rejoue que huit ou neuf mois après et les repères sont un peu partis. Pouvoir rejouer tous ces joueurs, cela peut être bon pour la suite, cela peut aider dans un prochain tournoi l'an prochain pour un quart, une demie ou une finale importante. Cela permet de prendre des repères et de démythifier les personnages. J'ai toujours pensé que plus on jouait contre ces joueurs, mieux c'était pour nous. Il y a pas mal de barrières mentales qui peuvent tomber.

Q: Qu'est-ce que cela représente de jouer le Masters avec un autre Français ?

G: Cela va être plus facile pour nous. Cela va dépendre des poules, cela sera beaucoup plus simple pour nous deux d'arriver à se motiver chacun dans une poule différente. Je pourrais regarder les résultats de Jo et m'en inspirer, cela sera beaucoup plus facile d'aller sur le terrain et de s'encourager. Cela sera beaucoup plus facile pour nous de partager cela ensemble.



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